Comment l'indonésien empaquète le sens
Grammaire du indonésien en un coup d'œil
En un coup d'œil
| Type d'information | Question simple | Comment indonésien l'encode |
|---|---|---|
| Acteur | Qui fait l’action ? | MOT SÉPARÉCONTEXTE |
| Bénéficiaire | Qui ou quoi reçoit l’action ? | ORDRE DES MOTSSUFFIXE |
| Temps | Quand l’action a-t-elle lieu ? | CONTEXTEMOT SÉPARÉ |
| Aspect | Fini ou encore en cours ? | MOT SÉPARÉ |
| Certitude / mode | Fait réel, ou souhaité / possible / hypothétique ? | MOT SÉPARÉ |
| Négation | Cela ne s’est-il pas produit ? | MOT SÉPARÉ |
| Voix | Le sujet fait-il, subit-il ou cause-t-il l’action ? | PRÉFIXE |
| Évidentialité | Comment le locuteur le sait-il ? | CONTEXTE |
| Spécificité | Celui-ci en particulier, ou n’importe lequel ? | CONTEXTEMOT SÉPARÉ |
| Quantité | Combien ? | CONTEXTERÉDUPLICATIONMOT SÉPARÉ |
| Possession | À qui cela appartient-il ? | ORDRE DES MOTSSUFFIXE |
| Localisation / Espace | Où ? Dans quelle direction ? | MOT SÉPARÉ |
| Structure informationnelle | De quoi parle cette phrase ? Qu’est-ce qui est nouveau ? | ORDRE DES MOTSPRÉFIXE |
| Registre | Quelle relation sociale le locuteur encode-t-il ? | MOT SÉPARÉ |
En détail
Acteur in indonésien — Qui fait l’action ?
Un pronom distinct identifie qui agit — le verbe ne change jamais pour la personne ou le nombre. Le choix du pronom signale le registre social : saya (formel), aku (informel), gue (argot jakartanais).
Le verbe "membaca" est identique pour toutes les personnes et tous les nombres — pas de suffixes, pas d’accord d’aucune sorte. Le pronom seul identifie qui agit.
L’indonésien distingue le "nous" inclusif vs. exclusif : kita (nous, toi inclus) vs. kami (nous, toi exclu). "Kita pergi bersama" (nous y allons tous ensemble, toi inclus) vs. "Kami sudah makan" (nous avons déjà mangé, mais pas toi). Cette distinction n’existe pas en français ni dans la plupart des langues européennes.
Les pronoms sont fréquemment omis quand l’identité du locuteur est claire d’après le contexte : "Sudah makan ?" (Déjà mangé ?) est une question complète. Le contexte — pas la morphologie verbale — identifie à qui l’on s’adresse.
Le choix du pronom de première personne encode le registre : saya (formel/poli — inconnus, aînés), aku (informel — amis proches, famille), gue/gua (argot jakartanais — très décontracté). Utiliser le mauvais dans le mauvais contexte est une erreur sociale, pas grammaticale.
Comparez : l’espagnol intègre l’acteur dans la terminaison verbale — "hablo" (je parle), "hablas" (tu parles), "hablan" (ils parlent) — et peut omettre le pronom car la terminaison identifie déjà qui agit. Les verbes indonésiens ne changent jamais, donc le pronom est le seul signal.
Bénéficiaire in indonésien — Qui ou quoi reçoit l’action ?
L’ordre des mots (SVO) identifie l’objet. Les suffixes applicatifs -kan et -i sur le verbe peuvent promouvoir différents arguments en position d’objet.
L’indonésien n’a pas de marqueurs de cas sur les noms — la position seule détermine le rôle grammatical. L’objet suit toujours le verbe à la voix active.
Le suffixe -kan promeut un bénéficiaire, un thème ou un résultat en position d’objet direct : "membelikan dia buku" (acheter-pour lui un livre). Il crée aussi des causatifs : "membesarkan anak" (élever un enfant — littéralement "rendre-grand un enfant").
Le suffixe -i promeut un but ou un lieu en objet direct : "mendatangi rumah" (visiter une maison — littéralement "venir-à une maison"). Il peut aussi ajouter un sens répétitif : "memukuli" (frapper à plusieurs reprises).
L’indonésien n’a pas de construction d’objet indirect comme en français "donner quelque chose à quelqu’un." Au lieu de cela, les suffixes applicatifs réarrangent quel argument est l’objet direct.
Comparez : le russe marque le bénéficiaire avec des suffixes de cas accusatif et datif — l’ordre des mots est flexible car la terminaison de cas identifie le rôle. L’indonésien n’a pas de marqueurs de cas ; la position et les suffixes applicatifs sur le verbe font le travail.
Temps in indonésien — Quand l’action a-t-elle lieu ?
Le verbe n’a aucun temps — il ne change jamais pour le passé, le présent ou le futur. Des mots de temps (kemarin "hier", besok "demain") ou le contexte portent le sens temporel.
Le verbe "membaca" est absolument identique dans les trois phrases — pas de suffixe, pas de changement de préfixe, pas de changement de ton. Rien sur le verbe ne signale le temps. C’est une différence fondamentale avec les langues européennes.
Mots de temps courants : kemarin (hier), hari ini (aujourd’hui), besok (demain), tadi (plus tôt aujourd’hui), nanti (plus tard), sekarang (maintenant), dulu (avant/dans le passé), minggu lalu (la semaine dernière).
Le marqueur "akan" (va, va aller) apparaît avant le verbe pour le futur, mais il est facultatif quand le contexte rend le futur clair : "Besok saya pergi" (Demain je vais) est parfaitement naturel sans "akan."
Dans le langage familier, "akan" est souvent raccourci en "bakal" : "Saya bakal pergi" (Je vais y aller).
Comparez : l’espagnol a des terminaisons verbales distinctes pour le passé (hablé), le présent (hablo) et le futur (hablaré) — la forme du verbe seule vous dit quand. Les verbes indonésiens sont intemporels ; les mots de temps ou le contexte conversationnel fournissent le "quand."
Aspect in indonésien — Fini ou encore en cours ?
Des particules pré-verbales marquent l’aspect : sudah (accompli), sedang (en cours), masih (encore en cours), belum (pas encore). Ce sont des mots séparés placés avant le verbe.
Les marqueurs d’aspect sont placés directement avant le verbe comme mots séparés. Ils ne fusionnent jamais avec le verbe — ils sont toujours proprement séparables. C’est le côté analytique de la grammaire indonésienne.
Le marqueur "sudah" est l’opposé de "belum" : sudah makan (déjà mangé) vs. belum makan (pas encore mangé). "Sudah ?" (Déjà ? / Fini ?) est l’une des questions les plus courantes en un mot dans la conversation quotidienne.
Marqueurs d’aspect supplémentaires : pernah (déjà expérientiel — "Saya pernah ke Bali" = Je suis déjà allé à Bali), baru (juste maintenant — "Dia baru datang" = Il/elle vient d’arriver), terus (continuer — "Dia terus berbicara" = Il/elle n’arrêtait pas de parler).
Les marqueurs peuvent se combiner : "belum pernah" (jamais encore), "masih belum" (toujours pas encore), "sudah sedang" (était déjà en train de). Les combinaisons sont transparentes — chaque marqueur garde son propre sens.
Dans le langage familier, "sedang" est remplacé par "lagi" : "Saya lagi makan" (Je mange). "Sudah" est raccourci en "udah" ou "dah."
Comparez : l’espagnol utilise deux ensembles de suffixes de passé complètement différents — le prétérit "-é" (accompli : "hablé" = j’ai parlé, fini) vs. l’imparfait "-aba" (en cours : "hablaba" = je parlais). L’indonésien utilise des particules séparées et empilables devant un verbe inchangé.
Certitude / mode in indonésien — Fait réel, ou souhaité / possible / hypothétique ?
Les verbes modaux (bisa, harus, boleh, mau) expriment la capacité, l’obligation, la permission et le désir. Les constructions impératives suppriment le préfixe meN-. Il n’y a pas de mode subjonctif.
L’indonésien n’a pas de mode subjonctif — il n’y a pas de changement de forme verbale pour le désir, le doute ou l’hypothétique. Là où l’espagnol utilise des terminaisons verbales différentes après "quiero que" (je veux que...), l’indonésien utilise simplement "mau" ou "ingin" (vouloir) suivi d’un verbe simple.
Verbes modaux clés : bisa (pouvoir — capacité), dapat (pouvoir — formel, même sens que bisa), boleh (pouvoir — permission), harus (devoir — obligation), wajib (devoir — obligation officielle/légale), mau (vouloir), ingin (vouloir — plus formel), perlu (avoir besoin de).
Les impératifs ont une caractéristique distinctive : le préfixe de voix active meN- est supprimé. "Membaca" (lire) devient "Baca !" (Lis !) dans les commandes. Mais les verbes intransitifs en ber- gardent leur préfixe : "Berdirilah !" (Debout !).
La politesse dans les commandes s’exprime par des mots séparés : tolong (s’il vous plaît — demande), silakan (s’il vous plaît — invitation), mohon (s’il vous plaît — sérieux/formel), coba (essayer — suggestion). "Tolong baca ini" (Veuillez lire ceci) est poli ; "Baca ini !" nu est direct.
La particule -lah adoucit les commandes : "Duduklah" (Asseyez-vous, je vous prie) vs. "Duduk !" (Assieds-toi !).
Comparez : l’espagnol a tout un paradigme verbal parallèle (subjonctif) avec des terminaisons différentes pour le désir, le doute et l’émotion. L’indonésien place simplement un verbe modal devant un verbe principal inchangé — aucun changement de forme verbale ne signale l’irréalité.
Négation in indonésien — Cela ne s’est-il pas produit ?
Quatre mots de négation, chacun pour un contexte différent : tidak (verbes/adjectifs), bukan (noms/identité), belum (pas encore), jangan (commandes prohibitives).
Les quatre négateurs ne sont pas interchangeables — utiliser le mauvais est une erreur grammaticale claire. "Dia tidak guru" (faux) vs. "Dia bukan guru" (correct : Il/elle n’est pas enseignant(e)). "Tidak" nie les verbes et les adjectifs ; "bukan" nie les noms et les syntagmes nominaux.
"Belum" est le pendant négatif de "sudah" (déjà) : "Sudah makan ?" (Déjà mangé ?) → "Belum" (Pas encore). C’est un négateur unique — il ne signifie pas simplement "pas" mais spécifiquement "pas encore, avec l’attente que cela arrivera."
Dans le langage familier, "tidak" est raccourci en "nggak," "gak," "ga," ou "kagak" selon la région. "Saya ga mau" (Je ne veux pas) est l’indonésien jakartanais familier standard.
"Bukan" peut aussi nier des prédicats pour un contraste emphatique : "Dia bukan bodoh melainkan malas" (Il/elle n’est pas stupide mais plutôt paresseux/se). Ici, "bukan" oppose deux descriptions plutôt que de nier l’identité.
Comparez : le mandarin a aussi une division de négation à deux voies — 不 bù (général/habituel) vs. 没 méi (événements accomplis) — mais basée sur l’aspect. La division à quatre voies de l’indonésien est basée sur le type de prédicat : verbe, nom, "pas encore," ou commande.
Voix in indonésien — Le sujet fait-il, subit-il ou cause-t-il l’action ?
La voix est au cœur de la morphologie verbale indonésienne : meN- marque la voix active, di- marque le passif, et un verbe nu avec un pronom préverbal crée une troisième construction "objective." Les préfixes ter- et ber- ajoutent des voix statives et intransitives.
Le système de voix est la dimension la plus importante de la grammaire indonésienne. Le préfixe meN- subit une assimilation nasale complexe selon la première consonne de la racine : meN- + baca → membaca, meN- + tulis → menulis (t supprimé), meN- + kirim → mengirim (k supprimé), meN- + suruh → menyuruh (s supprimé).
La voix objective (verbe nu avec pronom préverbal) n’est pas un vrai passif — les linguistes Arka & Manning soutiennent qu’il s’agit d’une construction ergative. Le pronom agent conserve le statut d’argument central : "Buku itu saya baca" ressemble à O-S-V mais l’agent "saya" peut encore lier des réfléchis, contrairement à un véritable agent oblique.
Le passif en di- est préféré quand l’agent est à la 3ème personne ou un nom complet : "Buku itu dibaca oleh Amir." La voix objective est préférée quand l’agent est à la 1ère ou 2ème personne : "Buku itu saya baca" plutôt que "Buku itu dibaca oleh saya."
Le préfixe ter- a plusieurs lectures : action accidentelle (terjatuh = tombé accidentellement), état résultant (terbuka = est ouvert), capacité/potentiel (terbaca = lisible), et superlatif avec les adjectifs (terbesar = le plus grand). Le contexte les distingue.
Le préfixe ber- crée des verbes intransitifs : berbicara (parler), berjalan (marcher), bermain (jouer). Ces verbes ne peuvent pas prendre d’objet direct.
Dans le langage familier, le préfixe meN- est fréquemment supprimé complètement : "Saya baca buku" au lieu de "Saya membaca buku." Cela rend les formes active et impérative identiques dans le registre décontracté.
Comparez : le passif espagnol utilise un verbe auxiliaire "ser" + participe passé avec accord en genre : "la carta fue escrita" (la lettre a été écrite). L’indonésien utilise un préfixe monosyllabique di- sans accord. Le système de voix à trois voies (meN-/di-/nu) est caractéristique des langues austronésiennes occidentales.
Évidentialité in indonésien — Comment le locuteur le sait-il ?
Non encodé grammaticalement — des mots facultatifs comme "katanya" (on dit) ou "sepertinya" (il semble) peuvent signaler un ouï-dire ou une inférence, mais rien n’est obligatoire.
L’indonésien n’a pas de système grammatical d’évidentialité — les locuteurs ne sont jamais tenus de marquer comment ils savent quelque chose.
Expressions facultatives pour la source d’information : katanya (on dit / soi-disant — littéralement "dit-nya"), sepertinya (il semble), tampaknya (il apparaît), rupanya (apparemment / il s’avère que), kelihatannya (il semble que), konon (la légende dit / on dit — littéraire).
La particule "kok" dans le langage familier peut signaler la surprise ou la contre-attente : "Kok mahal ?" (Comment ça se fait que c’est cher ? — impliquant que le locuteur s’attendait à autre chose). Cela est vaguement lié à l’évidentialité mais n’est pas un système grammaticalisé.
Comparez : le turc exige grammaticalement l’un des deux suffixes de passé — "-di" pour les événements que le locuteur a directement vus vs. "-miş" pour les événements que le locuteur a déduits ou appris par ouï-dire. L’indonésien, comme le français et le mandarin, traite cette information comme facultative.
Spécificité in indonésien — Celui-ci en particulier, ou n’importe lequel ?
Pas d’articles — les noms nus sont ambigus entre "un livre" et "le livre." Les démonstratifs (ini "ceci," itu "cela") apportent la spécificité quand nécessaire, et "itu" fonctionne souvent comme un marqueur défini informel.
L’indonésien n’a pas d’articles définis ou indéfinis — il n’y a pas de mot équivalent au français "le" ou "un." Le nom nu "buku" peut signifier un livre, le livre ou des livres selon le contexte.
Le démonstratif "itu" (cela) fonctionne fréquemment comme un quasi-marqueur défini : "Buku itu bagus" peut signifier à la fois "Ce livre est bon" et "Le livre est bon." Cela reflète la façon dont les articles ont historiquement évolué à partir des démonstratifs dans les langues européennes.
Autres marqueurs de spécificité : sang (défini honorifique/narratif — "sang raja" = le roi, utilisé dans les histoires et contextes formels), si (défini familier — "si kecil" = le petit), para (défini pluriel — "para murid" = les élèves).
La référence indéfinie peut être explicitement marquée avec "satu" (un) ou "sebuah" (un + classificateur général) : "sebuah buku" (un livre — explicitement un, non spécifique).
Deux degrés de distance démonstrative : ini (ceci — près du locuteur) et itu (cela — loin du locuteur). L’espagnol en a trois (este/ese/aquel), et le japonais en a trois (kore/sore/are).
Comparez : l’espagnol a un système d’articles complet — "el libro" (le livre, défini), "un libro" (un livre, indéfini) — avec accord en genre et en nombre. L’indonésien n’a rien de tout cela ; le nom nu se tient seul, et "itu" marque facultativement les référents connus.
Quantité in indonésien — Combien ?
Pas de marqueur de pluriel obligatoire — le nombre est déduit du contexte. La réduplication (buku-buku = livres) marque facultativement la pluralité. Le numéral + classificateur est utilisé pour compter.
La réduplication pour la pluralité est facultative et pas toujours appropriée. Quand un numéral est présent, la réduplication n’est pas utilisée : "tiga buku" (trois livres), PAS "tiga buku-buku." La réduplication signale "divers" ou "plusieurs" sans spécifier un nombre.
Les classificateurs sont requis entre un numéral et un nom. Classificateurs courants : buah (général/inanimé), orang (personnes), ekor (animaux), batang (objets longs), lembar (feuilles plates), helai (objets fins et souples), potong (morceaux), pasang (paires).
Le préfixe se- signifie "un" et se combine avec les classificateurs : seorang guru (un enseignant), sebuah rumah (une maison), seekor kucing (un chat). Quand un classificateur est utilisé pour "un," se- remplace le nombre complet satu — on dit seorang guru, pas satu orang guru. Le classificateur lui-même est facultatif, cependant : satu guru (un enseignant) sans classificateur est aussi correct.
Dans le langage familier, les classificateurs sont souvent supprimés sauf avec se- (un) : "tiga buku" au lieu de "tiga buah buku" est parfaitement normal dans la conversation.
La réduplication verbale exprime un sens différent : l’absence de but ou le loisir — "duduk-duduk" (s’asseoir sans rien faire), "jalan-jalan" (se promener/flâner). Cela est distinct de la réduplication plurielle des noms.
Comparez : l’espagnol marque le pluriel sur chaque mot du syntagme nominal — "los tres libros rojos" (les trois livres rouges) a quatre mots portant tous des marqueurs de pluriel. L’indonésien réduplique facultativement le nom mais rien d’autre ne change — pas de cascade d’accord.
Possession in indonésien — À qui cela appartient-il ?
Le possesseur suit le nom par simple juxtaposition : "rumah saya" (maison moi = ma maison). Les pronoms enclitiques -ku, -mu, -nya se fixent directement au nom comme alternatives plus courtes.
La possession est formée par simple juxtaposition — le possesseur suit le nom sans mot de liaison : "rumah Ali" (la maison d’Ali), "rumah saya" (ma maison). C’est l’ordre inverse du français ("la maison d’Ali") et le même ordre que le mandarin ("Ali-的-house").
Trois pronoms possessifs enclitiques se fixent directement au nom : -ku (mon/ma), -mu (ton/ta), -nya (son/sa/leur). "Bukuku" (mon livre), "bukumu" (ton livre), "bukunya" (son/leur livre). Ce sont des formes plus courtes des pronoms complets saya, kamu, dia.
L’enclitique -nya est multifonctionnel : possessif (bukunya = son/leur livre), marqueur défini (bukunya = le livre, avec contexte), et nominalisateur. Son sens dépend du contexte.
Dans le langage familier, "punya" (posséder) peut être utilisé comme lien possessif : "saya punya buku" (mon livre — littéralement "je possède livre"). Cela reflète l’ordre des mots du français et est courant dans l’indonésien jakartanais décontracté.
Comparez : le turc marque à la fois le possesseur et le possédé avec des suffixes — "Ali'nin kitab-ı" (Ali-GEN livre-POSS.3SG). Le mandarin utilise la particule 的 entre le possesseur et le possédé. L’indonésien n’utilise ni marqueurs ni particules — simple juxtaposition avec le possesseur après le nom.
Localisation / Espace in indonésien — Où ? Dans quelle direction ?
Trois prépositions de base encodent systématiquement la localisation : di (statique, à/dans), ke (mouvement vers), dari (origine, de). Cela reflète la division latin/français à/de/vers.
Le système à trois voies di/ke/dari est l’une des parties les plus élégantes et faciles à apprendre de l’indonésien : di = où quelque chose EST (statique), ke = où quelque chose VA (directionnel), dari = d’où quelque chose VIENT (source). La même préposition de base sert à la fois pour les usages spatiaux et temporels : "dari pagi" (depuis le matin), "ke depan" (vers l’avant/l’avenir).
Les expressions spatiales composées combinent une préposition simple avec un nom relationnel : di atas (sur), di bawah (sous), di depan (devant), di belakang (derrière), di samping (à côté de), di antara (entre), di dalam (à l’intérieur de), di luar (à l’extérieur de).
Le mot interrogatif "où" se divise de la même manière : di mana (où est-ce ?), ke mana (où va-t-on ?), dari mana (d’où vient-on ?). "Ke mana ?" (Où vas-tu ?) est l’une des salutations les plus courantes en indonésien.
L’indonésien n’a pas de copule pour les phrases locatives au présent : "Buku itu di meja" (Le livre est sur la table) — pas d’équivalent de "est." La préposition "di" relie directement le sujet et le lieu.
Autres prépositions : dengan (avec), untuk (pour), tentang (à propos de), oleh (par — agent dans les passifs), tanpa (sans), menurut (selon).
Comparez : le finnois utilise environ 9 suffixes de cas locatifs distincts sur les noms (talossa = dans la maison, taloon = dans la maison, talosta = hors de la maison). L’indonésien utilise le même système basé sur les prépositions que le français et l’espagnol, mais avec une division à trois voies plus nette.
Structure informationnelle in indonésien — De quoi parle cette phrase ? Qu’est-ce qui est nouveau ?
L’indonésien est une langue à thème proéminent — les éléments thématiques sont placés en tête, souvent via l’alternance de voix. Les constructions passive et de voix objective sont fréquemment utilisées pour topicaliser le patient plutôt que pour exprimer un sens "passif."
L’alternance de voix est l’outil principal pour la structure informationnelle en indonésien. Pour parler d’un livre (en faire le thème), passez de l’actif "Saya membaca buku itu" (Je lis le livre) à la voix objective "Buku itu saya baca" (Le livre, je le lis). Le changement de voix ne concerne pas un "sens passif" mais quel participant est le thème de la discussion.
La particule -lah se fixe à l’élément focalisé pour lui donner de l’emphase : "Sayalah yang menulis surat itu" (C’est moi qui ai écrit cette lettre). La particule -kah peut transformer un élément focalisé en question : "Sudahkah kamu makan ?" (As-tu déjà mangé ?).
Les constructions clivées en yang marquent explicitement le focus : "Yang membaca adalah Amir" (Celui qui lit est Amir), "Yang saya beli adalah buku" (Ce que j’ai acheté, c’est un livre).
L’indonésien n’a pas de particule dédiée au marquage du thème comme le japonais は (wa). Le thème est marqué par la position en début de phrase combinée au choix de la voix. Le système de voix remplit effectivement la même fonction que les particules de thème en japonais et en coréen.
Comparez : le japonais utilise une particule de thème dédiée は (wa) pour marquer explicitement de quoi parle la phrase. L’indonésien obtient le même effet en alternant entre la voix active (meN-), passive (di-), et objective (verbe nu) — le préfixe de voix sur le verbe détermine quel argument apparaît comme thème de la phrase.
Registre in indonésien — Quelle relation sociale le locuteur encode-t-il ?
Le registre est encodé principalement par le choix du pronom (saya/aku/gue pour "je", Anda/kamu/lu pour "tu") et par l’utilisation ou la suppression des affixes verbaux. Les titres de parenté (Pak, Bu, Mas, Mbak) remplacent souvent complètement les pronoms.
L’indonésien a trois principaux niveaux de registre exprimés par le choix du pronom : formel (saya / Anda), informel (aku / kamu), et argot jakartanais (gue / lu). En plus du pronom, l’affixation verbale change : le langage formel utilise des préfixes complets (membaca), le langage informel les supprime (baca).
Les titres de parenté remplacent couramment les pronoms de deuxième personne pour éviter la franchise du "tu" : Bapak/Pak (père/monsieur — pour les hommes plus âgés), Ibu/Bu (mère/madame — pour les femmes plus âgées), Mas (frère aîné — javanais), Mbak (sœur aînée — javanais), Kakak/Kak (frère/sœur aîné(e)). "Mau ke mana, Pak ?" (Où allez-vous, monsieur ?) utilise "Pak" au lieu de "Anda" ou "kamu."
L’honorifique de troisième personne "beliau" est utilisé pour les aînés, les chefs religieux et les personnalités publiques respectées : "Beliau sudah pergi" (Il/elle [la personne respectée] est parti(e)). Utiliser "dia" pour un aîné respecté peut être considéré comme impoli.
Les changements phonologiques familiers marquent aussi le registre : tidak → nggak/gak/ga, sudah → udah, ini → ni, itu → tu, kalau → kalo. Ces formes raccourcies signalent un discours décontracté.
La variation régionale ajoute de la complexité : les locuteurs javanais apportent leur propre système élaboré de niveaux de langage (Ngoko informel vs. Krama formel) dans leur indonésien, et les communautés soundanaises, balinaises et autres ont leurs propres conventions de titres et d’adresse.
Comparez : l’espagnol "usted" (formel) déclenche une terminaison verbale différente (3ème personne du singulier au lieu de la 2ème). En indonésien, le verbe ne change jamais pour le pronom — mais le registre est signalé par la combinaison globale du choix du pronom, de l’utilisation des affixes, du vocabulaire et des particules discursives. Le japonais va le plus loin avec des formes verbales et un vocabulaire entièrement différents à chaque niveau.
Questions fréquentes sur indonésien
Quel est le rôle des préfixes de voix en indonésien ?
Comment fonctionne le redoublement en indonésien ?
L'indonésien a-t-il un temps grammatical ?
Quelles sont les différences entre l'indonésien et le malais ?
Pourquoi y a-t-il autant de mots pour 'je' en indonésien ?
Sources (indonésien)
Les descriptions grammaticales de cette page s'appuient sur les grammaires de référence et descriptives publiées ci-dessous. Les faits grammaticaux ne sont pas soumis au droit d'auteur, mais les chercheurs qui les ont documentés méritent d'être cités.
- Sneddon, James Neil; Adelaar, Alexander; Djenar, Dwi Noverini & Ewing, Michael C. (2010). Indonesian: A Comprehensive Grammar, 2nd ed. Routledge. — Standard English-language reference; thorough morphology, syntax, and discourse. [via static/grammar-library/ind/sneddon-2010-indonesian-comprehensive-grammar.pdf]