Oui, beaucoup de gens progressent en anglais en jouant aux jeux vidéo, et quelques études vont dans ce sens. Mais ces jeux ont été faits pour divertir, pas pour enseigner, et certains servent bien plus que d’autres. On explique ici pourquoi le jeu aide, on classe six jeux connus selon la difficulté de leur anglais, puis on regarde ce qu’un jeu classique ne peut pas faire pour vous.
Pourquoi tant de gens apprennent l’anglais en jouant
Si vous avez joué en VO pendant des années, vous connaissez sûrement des mots que vous n’avez jamais appris en cours. Les menus, les quêtes, les noms d’objets et les messages du chat reviennent des centaines de fois, et il faut les comprendre pour avancer. Personne ne vous interroge, puisque vous cherchez seulement à gagner.
Des chercheurs se sont penchés sur la question. Liss Kerstin Sylvén et Pia Sundqvist ont suivi des enfants suédois de 11 et 12 ans et ont publié leurs résultats en 2012. Ceux qui jouaient souvent en anglais obtenaient de meilleurs scores en vocabulaire, en lecture et en compréhension orale que ceux qui jouaient peu ou pas du tout. En 2020, Vanessa De Wilde, Marc Brysbaert et June Eyckmans ont testé 780 enfants néerlandophones de 10 à 12 ans qui n’avaient pas encore eu de cours d’anglais à l’école. Leur conclusion est que le jeu vidéo, les réseaux sociaux et le fait de parler anglais étaient les formes de contact avec la langue les plus utiles.
Ces études montrent un lien entre le jeu et un meilleur niveau d’anglais, sans prouver que le jeu en soit la cause. Un enfant qui aime déjà l’anglais joue peut-être tout simplement plus souvent en anglais. Les deux études portent aussi sur des enfants, donc on ne sait pas dans quelle mesure elles valent pour des adultes. La raison pour laquelle ça marche se comprend quand même facilement. Dans un jeu, l’anglais sert tout de suite à quelque chose, et vous lisez la quête parce que vous voulez la récompense.
Quel niveau d’anglais pour les jeux les plus connus ?
Voici six jeux que beaucoup d’apprenants utilisent, du plus facile au plus difficile. Les niveaux sont une estimation de notre part sur l’échelle du CECRL (A1 pour un vrai débutant, C1 pour un niveau avancé). On ne donne que des informations sur les jeux qu’on a pu vérifier.
Minecraft (A1, mais avec très peu d’anglais). Les villageois de Minecraft ne prononcent aucun mot. Ils marmonnent, et le commerce passe par un menu où vous échangez des objets contre des émeraudes. L’anglais que vous croisez se limite surtout aux noms d’objets, aux menus et à des messages courts. C’est utile pour vos premiers noms communs, comme « iron », « wood » ou « chest », et guère plus. Le vrai anglais autour de Minecraft se trouve dans le chat des serveurs et dans les vidéos consacrées au jeu.
Animal Crossing: New Horizons (A2). Les habitants parlent en animalais, un son inventé qui suit les lettres du texte, si bien que tout ce qu’ils disent se lit et ne s’écoute pas. Les conversations sont courtes et sympathiques, sur la vie quotidienne de l’île. Vous lisez à votre rythme, mais vous ne travaillez pas du tout la compréhension orale.
Pokémon Écarlate et Violet (A2 à B1). Ces jeux n’ont pas de doublage pour les dialogues, et le directeur lui-même a expliqué que Pokémon est un RPG avec énormément de texte. C’est un bon entraînement à la lecture, à votre rythme, avec une langue simple et une histoire facile à suivre. L’oreille, encore une fois, n’y gagne rien.
Stardew Valley (B1). Le jeu de base est entièrement écrit. Un mod créé par des fans donne une voix à certains personnages, mais le jeu lui-même n’en a aucune. Le principe est de parler aux villageois chaque jour, et leurs répliques deviennent plus chaleureuses à mesure que vous vous liez avec eux. Vous lisez donc beaucoup de conversation du quotidien, venant de personnages très différents, ce qui fait une bonne dose de lecture régulière pour un niveau B1.
Life is Strange (B1 à B2). C’est un jeu narratif entièrement doublé, qui se déroule dans une petite ville de l’Oregon. Pour un apprenant, le plus intéressant est sa mécanique principale. Vous pouvez remonter le temps, y compris pendant les conversations, ce qui permet de réécouter une scène et d’essayer une autre réponse. Les personnages sont des adolescents, et une critique a trouvé les dialogues pleins d’argot jeune un peu forcé. C’est utile de le reconnaître, sans forcément tout reprendre à votre compte. Le jeu contient pas mal de gros mots, donc regardez la classification PEGI.
Disco Elysium: The Final Cut (C1). C’est l’un des choix les plus difficiles. The Final Cut propose un doublage intégral pour un script de plus d’un million de mots, narrateur et voix intérieures du personnage compris. Le vocabulaire est littéraire, politique et souvent étrange. Heureusement, la conversation reste affichée dans une colonne à l’écran, et vous pouvez remonter pour la relire. Gardez-le pour le jour où vous lirez des romans en anglais sans peiner.
Et le multijoueur en ligne ?
C’est en multijoueur que vous parlez vraiment anglais avec de vraies personnes. Dans une partie en équipe avec chat vocal sur un serveur international, il faut comprendre vite et répondre vite, et c’est un vrai entraînement à l’oral. Le revers, c’est que les inconnus sur le vocal ont souvent peu de patience, et certains sont franchement désagréables. Personne ne va ralentir pour vous, et une erreur au mauvais moment peut vous valoir des cris. Les apprenants avancés y prennent souvent plaisir, alors qu’un débutant risque de se décourager. Mieux vaut commencer avec des amis ou par le chat écrit.
Ce qu’un jeu classique ne peut pas faire pour vous
Les jeux du commerce sont conçus pour des gens qui parlent déjà la langue, et les apprenants en paient le prix. Le niveau ne bouge jamais. Si l’anglais est trop difficile pour vous, il le reste, et s’il est trop facile, vous n’apprenez plus rien de neuf.
Un jeu ne remarque pas non plus que vous êtes perdu. Un personnage dit la phrase importante une fois puis s’en va, et presque aucun jeu ne sait la reformuler plus simplement. Beaucoup de jeux populaires n’ont même pas de voix, ils ne font donc rien pour votre oreille.
Dans un jeu solo, vous ne parlez pas vraiment. Vous choisissez parmi des réponses écrites par quelqu’un d’autre, sans jamais construire une phrase à vous. Et quand vous arrêtez de jouer, les mots rencontrés disparaissent, sauf si vous les avez notés vous-même.
Comment un jeu conçu pour apprendre s’y prend
C’est ce que nous appelons le jeu compréhensible (en anglais, comprehensible gaming) : un jeu pensé pour qu’un apprenant puisse suivre, et où comprendre change ce qui se passe. Les jeux de mossyrune sont construits ainsi.
Dans le jeu du donjon, vous êtes enfermé avec un vieux prisonnier, un marchand nerveux, un fantôme très théâtral et un garde qui s’ennuie, et tous vous parlent en anglais. Vous pouvez vous échapper en soudoyant le garde ou en trouvant une combinaison à trois chiffres, et les deux solutions exigent de comprendre ce qu’on vous raconte. Dans le jeu de la bombe, un compte à rebours tourne, et il vous faut le briefing du commandant, le tuyau d’un informateur et le code de désamorçage d’un professeur.
L’anglais s’adapte à votre niveau. En débutant, les personnages emploient des phrases simples, parlent lentement, font des gestes et montrent les objets dont ils parlent, tandis qu’en avancé ils parlent à vitesse native. Vous pouvez passer n’importe quelle réplique à demi-vitesse ou en vitesse double, et réécouter n’importe quel tour autant de fois que vous voulez.
C’est vous qui choisissez l’aide affichée. Vous pouvez jouer sans rien, ou activer la traduction des mots d’un simple toucher, des mots-clés en indice, la traduction de phrases entières, ou un interprète avec des notes de grammaire et des idées de réponse. Les jetons d’indice demandent à un personnage de redire sa dernière réplique plus simplement.
Vous construisez aussi vos propres phrases, à la voix ou au clavier. Le jeu juge ce que vous vouliez dire, pas vos mots exacts. En débutant, si votre phrase sort de travers, le personnage la reprend correctement et continue, sans liste de fautes. Et si vous n’osez pas encore parler anglais, vous pouvez répondre en français et le personnage continue de vous répondre en anglais. Ça s’appelle le crosstalk. Il est activé par défaut en débutant et en intermédiaire, et désactivé en avancé, où vous pouvez l’activer.
À la fin, toute la partie se retrouve dans vos notes, avec la conversation, les traductions consultées et les indices utilisés. Vous pouvez aussi enregistrer un mot ou une phrase dans vos notes en pleine scène.
Les jeux tournent dans le navigateur, y compris sur téléphone. Il faut un compte gratuit, et votre première partie complète est offerte (20 crédits). Ensuite, vous choisissez un abonnement mensuel ou un pack de crédits qui n’expire pas, et tous les jeux, langues et difficultés sont inclus dans chaque formule. Plus de détails sur la page pour parler anglais avec une IA.
Faites les deux
Les jeux classiques vous offrent des heures d’anglais que vous avez envie de consommer. Aucun jeu fait pour apprenants n’a l’ampleur de Stardew Valley ni l’écriture de Disco Elysium, alors continuez à y jouer. Ce qu’ils ne font pas, c’est s’adapter à votre niveau, ralentir ou vous demander de parler. Un jeu conçu pour apprendre sert à ça, pour vous entraîner à l’oral et vérifier ce que vous comprenez vraiment. Jouez en VO à ce que vous aimez, et passez une partie de votre temps là où l’anglais est pensé pour vous.