Presque tout le monde qui essaie ChatGPT pour apprendre l’anglais commence de la même façon. Vous ouvrez une nouvelle conversation, vous tapez « Let’s have a conversation in English », et vous recevez une réponse aimable et impeccable. Les premiers jours, on a l’impression d’avoir enfin quelqu’un avec qui s’entraîner. Puis les échanges raccourcissent, et un soir vous vous rendez compte que vous ne l’avez pas ouvert depuis une semaine.
Ce n’était pas une mauvaise idée. Un chatbot d’IA rend service pour pas mal de choses quand on apprend une langue, et les raisons pour lesquelles la pratique orale avec lui finit par s’éteindre sont assez précises. Commençons par ce qu’il fait bien.
Ce que ChatGPT fait bien pour apprendre l’anglais
Il explique avec patience, aussi loin que vous le voulez. Si vous ne comprenez pas pourquoi on dit « I’ve lived here for three years » et pas « I live here since three years », vous pouvez lui demander, lire la réponse, l’interroger sur l’exception qui vient de vous passer par la tête, puis réclamer cinq exemples de plus. Un livre de grammaire ne répond pas à la deuxième question.
Il corrige aussi très bien l’écrit. Collez un e-mail en anglais et il repère la préposition qui ne va pas, le temps mal choisi et la phrase correcte qu’aucun anglophone ne tournerait comme ça. Pour le vocabulaire, c’est un bon partenaire de révision, parce qu’il peut inventer de nouvelles phrases autour des mots que vous apprenez au lieu de vous remontrer la même fiche.
Trois prompts qui fonctionnent bien :
- « Explique-moi la différence entre “do” et “make” en anglais. Prends des exemples de la vie courante, au travail et à la maison, et donne-moi trois phrases à compléter à la fin. »
- « Voici un e-mail que j’ai écrit en anglais. Corrige-le, puis liste chaque modification avec la raison en une ligne. Ne touche pas à ce qui était déjà correct. »
- « Interroge-moi sur ces 15 mots anglais, un par un. Donne-moi une phrase en français à traduire, attends ma réponse et montre-moi la bonne version seulement après. »
Ces trois prompts ont un point commun. Ils lui indiquent votre niveau, le format voulu et ce qu’il doit s’abstenir de faire, et il répond beaucoup mieux avec ces limites que sans.
Là où il coince comme partenaire de conversation
Savoir parler et savoir des choses sur une langue, ce sont deux compétences différentes, et le comportement par défaut de ChatGPT joue contre vous sur quatre points. Que vous tapiez ou que vous utilisiez le mode vocal ne change pas grand-chose. On peut corriger chacun de ces défauts le temps d’un ou deux messages, mais il finit par revenir.
Il parle à son niveau, pas au vôtre
Disons que vous faites de l’anglais depuis quelques mois et que vous écrivez « Hello, I want practice. I like very much the cinema. » La réponse type fait trois longues phrases, avec une expression idiomatique, un phrasal verb et deux questions à la fin sur vos films préférés et le réalisateur qui, selon vous, a changé le genre. Tout est juste, et tout s’adresse à quelqu’un qui parle anglais depuis des années. Vous pouvez lui demander de simplifier, il le fera un moment. Quelques messages plus tard, les phrases ont repoussé.
Il ralentit rarement et reformule peu
Quand un ami voit que vous avez décroché, il répète avec des mots plus simples ou il montre du doigt ce dont il parle. Un chatbot ne voit pas que vous avez décroché. Si vous n’avez pas compris, il faut vous arrêter, le dire et, la plupart du temps, repasser au français pour expliquer ce qui vous a échappé. C’est ce passage qui casse la conversation, parce qu’à ce moment-là vous parlez de l’anglais au lieu de parler en anglais.
Il corrige trop, ou pas du tout
Demandez-lui des corrections et vous recevrez souvent une liste après chaque message : l’article en trop, la préposition, un meilleur verbe, une remarque sur le registre. C’est exact et c’est épuisant, et la discussion tourne à la correction de copies. Demandez-lui de ne pas corriger et il risque de laisser passer « I am agree » indéfiniment.
Ce qui aide le plus à l’oral se trouve entre les deux. Quelqu’un qui vous écoute bien reprend ce que vous vouliez dire, correctement, et enchaîne : « Oh, you agree? Great, let’s do that then. » Vous entendez la bonne forme et la conversation continue. En didactique, on appelle ça une reformulation (en anglais, un recast), et il est difficile d’obtenir d’un chatbot qu’il le fasse régulièrement sans le lui rappeler.
Rien ne vous pousse à parler
C’est souvent là que l’expérience s’arrête. Une discussion avec un bot n’a pas d’enjeu et ne mène nulle part. Après « what did you do today? » et « what are your hobbies? », vous êtes à court de sujets, et lui aussi, très poliment. En dehors d’une fenêtre de chat, on parle parce qu’on a besoin de quelque chose, que ce soit un chemin, un prix ou un service. Enlevez ça, et même l’apprenant le plus motivé finit par lâcher.
Ce qui aide vraiment à pratiquer l’anglais oral
On sait assez bien ce qui fait qu’une conversation est un bon entraînement. L’autre personne parle un peu au-dessus de votre niveau et simplifie quand vous êtes perdu. Elle montre ce qu’elle veut dire avec ses mains, son visage et ce qui l’entoure. Elle vous renvoie vos erreurs corrigées sans en faire une affaire. Et la conversation porte sur quelque chose, donc ce que vous dites a des conséquences.
Un ami patient, un bon professeur ou un échange linguistique vous apportent presque tout ça. Nous avons créé les jeux de mossyrune pour couvrir le même terrain quand rien de tout cela n’est disponible. Ce sont des jeux en 3D qui tournent dans le navigateur, sur ordinateur comme sur téléphone. Vous vous déplacez et vous parlez avec des personnages, à la voix ou au clavier, et ce que vous dites change ce qui se passe.
Dans l’un d’eux, vous devez trouver une bombe avant qu’elle n’explose. Il faut écouter le briefing du commandant, soutirer des renseignements à un indic, acheter une pince coupante et obtenir d’un professeur le code de désamorçage. Dans un autre, vous êtes enfermé dans un donjon avec un vieux prisonnier, un marchand nerveux, un fantôme très théâtral et un garde qui s’ennuie, et vous en sortez par la corruption, par la flatterie ou en trouvant une combinaison à trois chiffres, et la porte reste fermée tant que vous n’avez pas dit ce qu’il fallait.
En niveau débutant, les personnages emploient des phrases simples, parlent plus lentement, vous donnent des indices quand vous bloquez et reformulent vos erreurs comme l’ami de l’exemple plus haut. Ils font des gestes et montrent ce dont ils parlent, si bien que le garde secoue la tête quand il dit « no ». Si les mots ne viennent pas, vous pouvez répondre en français : le personnage vous comprend et vous répond en anglais (la page pour parler anglais avec une IA explique comment ça marche). L’IA juge ce que vous vouliez dire plutôt que les mots exacts, donc une phrase maladroite qui fait passer l’idée compte. En niveau avancé, toute cette aide disparaît et tout le monde parle à vitesse native. Chaque réglage peut être modifié séparément, même en pleine partie.
Un compte gratuit donne assez de crédits pour une partie complète.
Alors, ChatGPT peut-il être votre partenaire de conversation ?
Pendant un temps, oui. Si vous lui donnez un rôle et un niveau précis, par exemple « tu es serveur dans un pub à Londres, je suis débutant, fais des phrases courtes, reprends correctement ce que je dis mal et ne me fais pas de listes de corrections », il tiendra une conversation en anglais tout à fait correcte. Le hic, c’est que c’est vous qui devrez faire respecter ces règles, et qu’à chaque séance il faudra inventer une raison de continuer à parler.
Le partage qui marche en général consiste à utiliser ChatGPT pour ce qu’il fait bien, c’est-à-dire expliquer, corriger vos écrits et faire réviser le vocabulaire, et à pratiquer l’oral dans un endroit fait pour ça. Ce peut être une personne ou un jeu où la seule façon d’avancer est d’ouvrir la bouche. Beaucoup de gens finissent par combiner les deux, et rien n’empêche le chatbot d’être celui qui vous explique, le lendemain, la tournure sur laquelle vous avez buté.